lundi 5 septembre 2011

Socrate au secours des projets informatiques


Les statistiques restent alarmantes : en France, un quart des projets informatiques sont en situation d’échec avéré. Pour ceux qui subsistent, près de la moitié d’entre eux rencontrent des difficultés d’ordre contractuel. Dans un contexte de numérisation massive de tous les secteurs d’activité des organisations, alors que l’informatique est devenu le principal vecteur de l’amélioration de la compétitivité des entreprises et de la performance des administrations publiques, comment expliquer des chiffres que seraient absolument inacceptables dans tout autre domaine d’activité disposant de référentiels normatifs. Pourquoi constate-t-on un tel gâchis, accepté par des directions générales plus promptes, dans d’autres domaines, à remettre de l’ordre dès lors que les deniers de l’entreprise ou du contribuable sont si mal employés ?

Une telle gabegie s’explique principalement par une culture de la conduite de projet informatique qui est de moins en moins connecté avec le rythme d’évolution du contexte dans lequel le système d’information doit être déployé et mis en œuvre. La traduction contractuelle de cette conception de la conduite de projet rigidifie inexorablement l’expression de besoin et allonge les délais de réalisation. La satisfaction des exigences contractuelles prend progressivement le pas sur la satisfaction du besoin de l’utilisateur.

Je caricature, bien entendu, mais les exemples ne manquent pas au cours des dix dernières années. Je pointe d’abord et avant tout la culture du développement d’un projet informatique suivant le sacro-saint cycle en « V » : expression de besoin, spécification technique du besoin, contractualisation, développement, différentes recettes et acceptation, déploiement, mise en service… Ouf ! Et le monde, entre temps, a changé, donc le besoin opérationnel. Le constat est d’autant plus problématique que, tandis que les systèmes d’information deviennent de plus en plus complexes, ils conquièrent parallèlement une place de plus en plus stratégique au cœur des organisations.

Il est donc indispensable de mener une vrai révolution culturelle, au sein de nos DSI, pour admettre une gestion de projet plus ouverte sur le besoin opérationnel des utilisateurs et son évolution dans le temps, donc plus agile. Pour bien saisir ce besoin, pour le comprendre et le traduire dans le projet, il n’y a pas de secret, il faut maîtriser le métier de l’utilisateur, et l’avoir pratiqué, me semble-t-il. Je plaide pour l'élaboration et la mise en œuvre d’une véritable maïeutique du projet informatique, permettant de faire « accoucher » le besoin, dans toutes ses dimensions, comme Socrate qui se plaisait, en interrogeant logiquement son interlocuteur et en dialoguant avec lui, de lui faire accoucher ses connaissances conscientes, inconscientes, mais aussi de lui faire découvrir des connaissances nouvelles. Le socratisme appliqué au monde de l’informatique, ça a de la gueule, non ! Mais peut être qu'une telle méthode existe déjà et qu'un lecteur charitable voudra bien me l'indiquer.

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