Au début des années 90, c’est à dire il y a vingt ans à peine lorsque j'ai commencé à servir sur les bâtiments de la Marine, les transmissions navales nécessaires à la conduite des opérations aéromaritimes reposaient de manière quasi exclusive sur trois outils principaux : la messagerie télégraphique, essentiellement portée par des liens HF, la liaison de données tactiques en HF ou UHF, et des liaisons phonies chiffrées ou claires, dans ces mêmes gammes de fréquence. Un outil informatique "rudimentaire" d'aide au commandement commençait par ailleurs à apparaître dans les centraux opérationnels des frégates, au sein d’un environnement principalement structuré par l’informatique très spécifique des systèmes de direction de combat. De nombreux petits bâtiments ne disposaient que de moyens de communication en graphie (code morse) et phonie pour les liaisons longues distances. L’usage du satellite était encore embryonnaire et ne concernait que quelques navires de premier rang. SYRACUSE 1 et INMARSAT permettait tout juste de supporter les services historiques de la télégraphie et de la téléphonie. Une informatique rare, peu performante et non connectée, équipait les bâtiments, notamment le système AMELIE (AMELioration de l'Informatique Embarquée... pour les amoureux des acronymes). Quelques lourds systèmes, gourmands en personnels et en compétence, permettaient, à terre, de gérer les grandes fonctions administratives.
La révolution numérique qui s’est développée et répandue au cours des années 90 a radicalement transformée notre appréhension de l’information, mais aussi des outils qui la traite et la transporte. Dans ce contexte de foisonnement technologique, essentiellement porté par les usages civils, voire privés, la Marine s’est résolument engagée sur la voie de l’appropriation. Elle a progressivement abandonné la logique des développements technologiques à son usage exclusif. Ces développements exclusifs ont été toutefois réservés à quelques domaines très spécifiques comme les communications de la Force océanique stratégique. Pour tout le reste, une stratégie de navalisation et d’intégration système d’équipements civils achetés sur étagère s’est inéluctablement imposée, comme à l’ensemble des organismes de la défense.
Les systèmes d’information et de communication jouent un rôle clé dans l’ensemble des activités du ministère de la défense et de la Marine, en particulier dans les opérations militaires. Ils sont massivement inscrits au cœur des processus opérationnels. Ils constituent désormais les outils principaux de la maîtrise des cycles décisionnels du niveau stratégique au niveau tactique. Moyens modernes et évolutifs mis en œuvre en permanence, ce sont des multiplicateurs de force et un instrument de la souveraineté de l’Etat. Dans l'avenir, la performance opérationnelle de la marine dépendra de plus en plus de la qualité de son système d’information et de communication et de sa bonne utilisation. Face aux évolutions des technologies, la Marine s’adapte continuellement pour conserver la maîtrise de la cohérence globale de son système d'information.
Aucun autre domaine technico-opérationnel n'a connu un tel bouleversement dans un délai aussi court. La décennie qui s'ouvre semble tout aussi riche en promesse de profondes mutations des technologies de l'information qui entraîneront nécessairement des changements radicaux dans nos processus et organisations opérationnels.
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