Le projet NECTAR prévoit la cession d’usufruit des satellites militaires de communication de la constellation SYRACUSE III. Le ministère de la défense envisage de céder à un opérateur privé, pour un montant estimé par le ministère de la Défense de 400 millions d'euros, les deux satellites SYRACUSE 3A et 3B actuellement en orbite. Cet opérateur doit s’engager parallèlement à gérer les communications satellitaires du ministère de la Défense, à titre onéreux bien entendu, et à fournir dans ce cadre la bande passante satellitaire dont les armées ont besoin pour assurer leurs missions. L’opérateur se propose d’assurer la rentabilité de l’opération en valorisant la bande passante non utilisées par les armées auprès de clients tiers. Les gains attendus par l’opérateur ne reposent que sur la mise à disposition à ces clients tiers de 10% de la bande passante satellitaire. Or, ces deux satellites n’ont une durée de vie que de 12 ans et doivent être retiré du service au plus tard fin 2017 pour le 3A et fin 2018 pour le 3B. Plus l’opération NECTAR prend de retard, moins sa rentabilité est assurée.
Deux entreprises majoritairement françaises sont en concurrence sur ce projet : Thales Alenia Space (TAS), regroupement des compétences spatiales d’Alcatel et de Finmeccanica, et Astrium, filiale du groupe EADS. TAS a l’avantage d’être le maître d’œuvre industriel de la constellation SYRACUSE III. ASTRIUM bénéficie, à travers sa filiale britannique PARADIGM, de l’expérience de l’externalisation par le MoD du Royaume-Uni des communications militaires par satellites et opère à son profit la constellation SKYNET.
Les députés Louis Giscard d’Estaing (UMP) et Bernard Cazeneuve (PS), auteurs d’un rapport de la mission d’évaluation et de contrôle sur les externalisations dans le domaine de la défense, estiment que le ministère de la Défense doit renoncer à l’opération NECTAR car, écrivent-ils, cette opération de cession-bail « s’apparente davantage à une opération de trésorerie destinée à engranger une recette exceptionnelle, qu’à un réel partenariat public-privé ». Au début de l’année 2011, la Cour des comptes a fait un constat analogue dans son bilan des externalisations réalisées au sein du ministère de la Défense. Elle estime, de manière assez claire, que l'opération NECTAR « obéit plus à la volonté de créer des recettes exceptionnelles qu’à une opération d’externalisation », ce dont d’ailleurs, me semble-t-il, le ministère de la Défense n’a jamais fait particulièrement mystère dans un contexte de forte tension budgétaire.
Plus intéressant peut-être pour le praticien des télécoms que je suis, c’est que, au-delà de l'aspect financier, les deux députés pointent dans leur rapport « les dangers induits par une perte de compétence dans un domaine aussi essentiel pour le caractère opérationnel des armées ». L’argument est sérieux. Dans un environnement opérationnel qui s’est aussi massivement numérisé, la maîtrise du support de communication satellitaire est absolument vitale, notamment dans le cas d’une crise grave qui engagerait la sécurité directe du territoire nationale. Comment un opérateur privé peut-il s’organiser pour garantir dans ces conditions la continuité du service ? Cette question est évidemment centrale dans ce projet. Par ailleurs, l’avenir des ressources humaines de très hautes compétences et de grande expérience dont se sont dotées les armées au fil des années reste à déterminer. Seraient-elles reprises par l’opérateur ou simplement réaffectées à d’autres tâches ?
A titre personnel, j’émets depuis longtemps quelques réserves sur ce projet, d’abord parce qu’il me paraît que les aspects relatifs à l’efficacité opérationnelle sont placés au second rang par rapport à des impératifs budgétaires de court terme, qui peuvent se concevoir dans le contexte actuel. Seulement, les gains attendus sont, semble-t-il, dérisoires rapportés à la perte d’un patrimoine immatériel majeur que constitue la capacité, acquise chèrement par les armées au cours des vingt dernières années, d'opérateur de système de communication par satellites.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire