vendredi 23 septembre 2011

Faut-il "saler" le Livre blanc ?


Lors de sa rédaction, la commission du « Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale » avait prescrit l’actualisation de celui-ci avant la fin de l’année 2012. Début septembre 2011, le Président de la république a adressé au Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale le mandat et la feuille de route des travaux à mener avec les administrations et les experts concernés. Il s’agit d’abord, et essentiellement, d’engager une réflexion sur l'évolution du contexte stratégique depuis 2008. L'objectif, comme le précise un communiqué de l’Elysée daté du 3 septembre 2011, est de « produire un document interministériel d'évaluation stratégique qui sera présenté aux commissions compétentes du Parlement puis validé par le Conseil de défense et de sécurité nationale à la fin de l'année 2011 ».

Si cette réflexion est aujourd’hui rendue indispensable pour de multiples raisons, l’objectif fixé au SGDSN par le Président de la République est particulièrement ambitieux dans une période peu propice aux travaux de fond, avec en arrière-plan une focalisation sur les effets de la crise des dettes souveraines, dont le budgets de la Défense est un acteur involontaire mais majeur, et de crispation politique à l’approche des échéances électorales de 2012.

Si je devais retenir les raisons principales qui, de mon point de vue adopté avec beaucoup de prudence car je connais mon tropisme, rendent indispensable cet exercice, j’aurais tendance à en retenir trois.

D’abord, et je crois que tout le monde en convient, la définition de l’Arc de crise est très insatisfaisante, et la situation au sein de celui-ci a considérablement évolué entre les incertitudes qui pèsent sur le monde arabe après l’euphorie du printemps et l’échec prévisible de l’action de l’OTAN en Afghanistan, alors que de lourdes interrogations se posent sur l’avenir post-afghan de l’Alliance. A cet égard, les opérations menées en Libye, sous commandement de l’OTAN, et les effets militaires obtenus, interrogent évidemment quant aux différentes stratégies mises en oeuvre depuis 10 ans en Afghanistan et en Irak. Je rajouterais, car je crois que c’est un aspect absolument capital de l’évolution de la situation stratégique de l’Arc de crise, et sur laquel porte mon billet daté d’hier, les tensions qui s’exacerbent autour de l’exploitation en Méditerranée orientale des gisements maritimes de pétrole et de gaz.

Ensuite, la situation en Asie du Sud-Est ne peut pas être occultée. La croissance mondiale et la fluidité de nos échanges économiques, avec la Chine au premier chef, dépendent de la stabilité de cette zone, aujourd’hui en question. Les prétentions de la Chine sur le sud de la mer éponyme, et la conflictualité qu’elles génèrent, notamment avec le Vietnam, la Malaisie, l’Indonésie et les Philippines, appellent une modification de la stratégie américaine dans la zone dont la France doit tirer des conséquences. La Chine cherche à s'étendre, par sa puissance navale, jusqu'à la «première chaîne d'îles», selon la terminologie chinoise.

Enfin, et de manière finalement transverse au deux premières raisons, il me semble que le Livre blanc de 2008 était beaucoup trop terrestro-centré. Et là, ce n’est pas le marin qui parle en pensant aux budget de son armée. Mais il apparaît que le Livre blanc ne prend pas suffisamment en considération l’importance cruciale des espaces maritimes pour la croissance et les emplois des décennies à venir, des intérêts considérables qui vont s’y développer dans le domaine des ressources géologiques et biologiques, de la place vitale que jouent les espaces maritime dans le fonctionnement de la machine climatique, et des immenses atouts de la France en matière maritime, à savoir le second espace mondiale sous juridiction nationale, un secteur économique dynamique et des entreprises parmi les plus performantes dans le domaine de l’exploitation des ressources maritimes, et une marine militaire de premier plan.

Ces éléments doivent bien entendu apparaître dans un document consacré à nos stratégies de sécurité, économique, climatique, stratégique et énergétique, pour les dix prochaines années.

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