Le cluster maritime français est peu ou pas connu. C’est dommage. Il est vrai que cet institution est encore bien jeune, mais elle dispose d’un poids économique et stratégique conséquent qui devrait lui faire bénéficier d’une surface médiatique beaucoup plus large que celle que l’on constate.
C’est quoi, le cluster maritime français ? C’est plus de 300 000 emplois directs, soit 1,5 % de la population active, et 51 milliards environ de valeurs de production, soit 2,5 % du PNB. C’est dire l’importance de ce secteur d’activité, l’économie maritime française, que ces chiffres placent parmi les principaux pourvoyeurs de croissance et d’emploi dans notre pays. Et encore, les emplois et la valeur de production du tourisme littoral ne sont pas intégrés dans ces chiffres. Depuis plus de 5 ans maintenant, le cluster maritime français, ou CMF, fédère l’activité de ce secteur stratégique et le représente auprès des instances gouvernementales et européennes. L’énergie et le dynamisme que déploie le CMF sont exemplaires à plus d’un titre, et je voudrais en souligner trois :
- En premier lieu, ce secteur, dont l’activité est essentiellement industrielle, a placé, sous l'impulsion du CMF, la protection de l’environnement et le développement durable au cœur de ses préoccupations, et c’est logique. Je peux en témoigner : les hommes et les femmes qui se passionnent pour la mer et ses métiers sont les premiers à se soucier de la protection de ce milieu admirable, fragile, et qui recèle l’essentiel de la biodiversité d’avenir. Les gougnafiers qui se permettent, encore de nos jours, de le salir sont dénoncés, arrêtés et traînés devant les tribunaux par des marins, et les marins sont les premiers à ne plus supporter cette délinquance maritime et environnementale.
- En second lieu, il est normal et légitime que l’économie française maritime soit l’une des plus dynamiques du monde, mais elle peut faire beaucoup mieux encore, et le CMF saura, dans les mois et les années qui viennent, saisir les opportunités que lui offre les 11 millions de km² sous souveraineté française qui place la France à la deuxième place mondiale. Des pans entiers de cet espace sont encore inexplorés. Et ceux qui le sont, ne font pas encore l’objet d’une réelle exploitation. Une part significative de la croissance de notre pays, pour prochaines décennies, viendra de la mer et des océans, pour les énergies fossiles et alternatives, dans le domaine des sciences du vivant, pour l’alimentation et pour les échanges commerciaux, dans le cadre d’une exploitation raisonnée de ces ressources.
- En troisième lieu, la France métropolitaine est un carrefour pour l’Europe, d’abord maritime comme ne cesse de le rappeler inlassablement le CMF. C’est une pitié de constater que l’essentiel des approvisionnements de notre continent contourne la France et ses régions maritimes. Les raisons en sont multiples, et l’on peut mentionner, dans le désordre, le sous équipement des principaux ports français comparativement aux meilleurs standards internationaux, l’image désastreuse que donnent de la France portuaire les conflits sociaux à répétition d’une profession, celle des dockers, qui préfère tuer l’activité que de réformer sa filière, la faiblesse des infrastructures en matière de routage par voie ferrée ou navigable permettant d’interconnecter les régions du Havre, de Nantes, de Bordeaux, de Sète ou de Marseille avec le reste de l’Europe, l’absence d’une autorité politique de poids portant les intérêts du secteur maritime, celui-ci relevant de plus de 18 ministères et d’une multitude d’autorités administratives, le manque d’empathie, enfin, du peuple français, séculairement continental, pour les vastes horizons océaniques, alors même que son histoire devrait lui rappeler que les plus belles pages de celle-ci ont été écrites, entre autre, lorsqu’il a su se rappeler de la vocation maritime que lui offre son exceptionnelle situation géographique.
Le CMF, par delà son rôle de défenseur des intérêts d’une filière économique, porte ces valeurs humanistes de développement de long terme et de préservation des espaces maritimes, dans le cadre d’une approche globale de ceux-ci, de leurs potentialités et des activités humaines qui y sont menées. Il me faut souligner ici l'action remarquable de son président, M. Francis Vallat, sa modestie dut-elle en souffrir, qui est le principal artisan de cette institution et de ses succès.
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