lundi 2 mai 2011

La mort de Ben Landen

Depuis 1998, Ben Laden est l'un des hommes les plus recherchés de la planète. C'est à lui, d'abord, que nous pensons tous depuis près de 10 ans en nous remémorant les images hallucinantes des deux tours jumelles en flamme, un certain 11 septembre. Je me souviens de ce jour comme si c’était hier. A l’époque, j’étais depuis quelques jours stagiaire au Collège interarmées de défense, le CID, redevenu depuis cette année l’Ecole de guerre. Nous avons découvert sur LCI, puis revu en boucle jusqu’à la nausée, ces images que nous regardions sans les comprendre. Très vite, le nom de Ben Laden a été associé à cet événement extraordinaire, au sens littéral du terme. Evénement qui aura constitué, bien entendu, l'un des thèmes majeurs de nos réflexions pendant cette année de CID.

Aujourd'hui, comme beaucoup, je me suis réveillé en apprenant cette nouvelle : les forces spéciales américaines – on sait désormais que ce sont celles de l’US Navy ! – ont exécuté Oussama Ben Laden dans la résidence qui l’abritait au Pakistan. Elle me laisse perplexe. D’abord, je pense que nous serons nombreux à admettre que, contrairement aux affirmations des uns et des autres, non, décidemment, justice n’a pas été rendue. Ben Laden n’a eu que ce qu’il méritait, c’est entendu. Les américains se sont affranchis d’une menace, c’est fort probable, quoi que cela soit à analyser en profondeur. Le monde va y gagner en sérénité, c’est certain. Mais il est difficile de parler de justice. Je suis de ceux qui regrettent que Ben Laden ne soit pas traîné devant un tribunal pour répondre à des juges, et devant les familles et les proches des milliers de victimes, de l’atroce plan qu’il a échafaudé dans un dévoiement absolu de ses obsessions djihadistes. Nombreux doivent être ceux qui, aujourd’hui, enragent de ne pouvoir affronter le regard et les réponses de Ben Laden. Je pense, par ailleurs, que la punition d’une justice occidentale, rigoureuse et ordonnée, lui eut été mille fois plus sévère que cette mort où, finalement, il se trouvera toujours des excités du Coran pour y reconnaître le martyre souffert au nom d’Allah. Au moins aussi sévère, d’ailleurs, que l’amer constat qu’avait dû faire depuis de nombreuses années le chef d’Al-Qaïda, en constatant que son scénario d’un soulèvement du monde musulman, à tout le moins sunnite, pour le Djihad mondial contre l’occident dégénéré, avait totalement échoué, et qu’il n’était plus suivi que par quelques illuminés suicidaires, relevant plus de l’asile psychiatrique que de la mosquée, quelques dizaines de rançonneurs au Sahel, et quelques centaines de moudjahiddines afghans incapables de faire autres choses de leurs dix doigts que de tenir une kalachnikov.

Maintenant, il est vrai que la mort de Ben Laden ne règle rien, ni en Afghanistan, ni en Iraq, ni au Sahel. Il est même fort probable que dans les semaines et les mois qui vont suivre, la situation se tende sur ces théâtres, voire autre part, et jusque dans nos banlieux. Mais je partage le parallèle que fait l’éditorialiste du Monde daté de demain entre cette nouvelle de la mort de Ben Laden et le « printemps des peuples arabes ». Faut-il pour autant penser que l’ère de l’islamisme radical et violent est en train de disparaître ? J’aimerais vraiment y croire !

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