mercredi 4 mai 2011

Cyberespace et océans : les espaces stratégiques communs

Depuis de nombreuses années, comme marin et spécialiste des questions relatives aux TIC, je suis frappé par les analogies profondes entre les espaces maritimes et le cyberespace. Le même terme est employé pour signifier que l’on parcourt ces espaces : on navigue. Et le navigateur y est confronté à la même menace, la piraterie. Les pirates s’attaquent aux navires comme aux flux de données.

Les espaces maritimes et les réseaux informatiques appartiennent à une catégorie bien particulière, les espaces stratégiques communs, avec l’air et l’espace. Ils sont désormais au cœur des réflexions dans les milieux de défense. Penser ces espaces est délicat. Ils ne répondent pas aux catégories que nous avons communément l’habitude d’analyser, et qui prévalent dans les espaces terrestres. Les notions de frontière, de territoire, de propriété, d’occupation du sol, d’actif foncier, sont inopérantes dans ces espaces. Ils ne se prêtent pas aux stratégies d’appropriation, et c’est une erreur souvent commise que de penser qu’ils peuvent s’y soumettre. Ces espaces « appartiennent » à celui qui y est présent, au moment où il y est présent, mais restent fondamentalement la propriété de l’humanité.

De la liberté des mers dépend la croissance de l’économie mondiale. Plus de 80 % du commerce mondial des matières premières, de l’énergie et des biens manufacturés transitent par les espaces océaniques. Les océans recèlent l’essentiel de la biodiversité et conditionnent le climat et la stabilité de l’environnement de notre planète. Ce bien commun de l’humanité, dans sa plus grande partie, n’est soumise à aucune souveraineté. C’est l’Autorité internationale des fonds marins, créée en 1994 sous l’égide de l’ONU, qui gère au profit de la communauté internationale la prospection et l’exploitation des ressources que recèle le fond des océans. Il est fondamentale que les nations membres de l’ONU veille à ce qu’aucune puissance ne s’arroge une quelconque exclusivité en la matière. La prétention de certaines pourrait constituer un bon scénario de déclenchement d’une troisième guerre mondiale.

Sous un autre angle, il ne serait pas inutile que l’ONU s’approprie un droit de regard sur le cyberespace. Elle pourrait alors mettre en œuvre une démarche d’élaboration d’un cadre juridique international analogue à celui qui s’est constitué pour les espaces maritimes dans le cadre de la convention de Montego Bay de 1982.

1 commentaire:

  1. Il y a un autre espace stratégique commun, qui n'est pas sans lien avec le cyberespace ni avec l'espace :
    c'est le spectre des fréquences.
    Il s'agit d'une dimension supplémentaire par rapport à celles auxquelles nous sommes habitués, (x;y;z;t). Cette dimension, elle, est bien régie par l'ONU ou plutôt par l'UIT qui y est affiliée.
    Je dis une dimension, en fait, non, c'est plus riche que cela, puisque pour chaque point de notre espace-temps (x;y;z;t), on peut trouver toutes les fréquences (f), et même une superposition de plusieurs fois la même fréquence, se propageant dans des directions différentes (dx;dy;dz), sans négliger la superposition possible sur une même porteuse de signaux polarisés différemment, ou la superposition par distribution de code.
    Ceux qui "voient" les fréquences vivent dans un espace à plus de huit dimensions ! (x;y;z;t;f;dx;dy;dz;modulation).
    Cet espace est tout à fait stratégique, c'est lui qui permet de véhiculer une grande partie des informations, et notamment la totalité des informations passant par l'espace.
    A méditer à l'heure où la Défense vend des pans entiers de fréquences.

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